14 juin 2018
Leçon d’impro : Daks
Le demi-finaliste du Red Bull Dernier Mot partage ses secrets pour se lancer en impro.
Leçon d’impro : Daks

Faire de l’impro n’est pas donné à tout le monde, surtout dans le rap français où la plupart du temps un « freestyle » désigne un texte écrit à l’avance et posé sur une instru différente. La discipline peut sembler assez intimidante par son côté imprévisible, voire risquée face au public et aux autres rappeurs. Pas facile de se lancer dans ces conditions... On a donc demandé à Daks, demi-finaliste de Dernier Mot de nous raconter comment, lui, s'était jeté à l'eau.

J'ai commencé jeune, à l'âge de 10 ans : au début des ateliers d'écriture, puis d'expression scénique. « Théâtre » serait un bien grand mot mais l'impro était centrale. À partir de là, tout a suivi : la version rappée, avec l'instru qui vient s'ajouter. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais, j'étais dans mon quartier, à la MJC, je tâtonnais. Vers chez moi à Massy, pas mal de grands frères faisaient du clash mais ça ne m’attirait pas forcément. On les imitait un peu quand même au collège, puis je me suis mis sérieusement après avoir découvert Dandyguel au Vir'hip-hop Contest, il y a maintenant une petite dizaine d’années. Dans mes références, forcément Eminem m’a impressionné, Aladoum aussi, un mec de chez moi… Sheryo, son clash radio contre Sadik Asken je m'en rappelle. Il y en a d’autres, du 91, notamment tout ce qui se passait autour du concours Dégaine ton style avec Sinik, Grodash et d'autres.

Daks et Res Turner en plein battle

Pour moi, l’impro est un « état » : il faut réfléchir vite tout en étant relâché. Si les conditions idéales ne sont pas réunies, ça ne marche pas. Par exemple, si tes parents sont dans la salle, tu ne vas pas te lâcher suffisamment ! Alors que plus tu es détendu, plus les connexions vont se faire rapidement dans ton cerveau et plus tu vas trouver des rimes facilement. Après, on ne va pas se mentir, plus tu pratiques et plus tu acquiers des automatismes. C'est lié à la lecture, à ce que tu écoutes, tout ce que tu retiens inconsciemment : les terminaisons des mots, les assonances, ça devient facile d’enchaîner. Quand tu ne fais pas d’impro tous les jours, tu deviens moins fort : tu perds tes réflexes peu à peu. Comme un sport, là c’est pareil mais avec ton cerveau.

Daks et Res Turner en plein battle

Un bon improvisateur, tu peux le déceler au bout de 2 minutes selon moi, quand tu sors des réflexes, c’est là qu’on voit jusqu’où tu peux aller. Avec la pratique, on n’arrive plus à distinguer tes textes écrits de tes impros, parce que ton niveau d’impro est devenu comparable à celui d'un MC qui débiterait son couplet. Pour certains, c’est un compliment, pour d’autre une critique. J’essaie pour ma part de maintenir la barrière et de bien différencier les deux, en travaillant des textes plus profonds.

En impro, l’idéal c’est d’avoir zéro bride. Ni dans le choix des mots, ni dans les règles. Ne pas avoir honte de ce qui te passe par la tête, se lâcher au maximum. Si tu cogites en te disant « merde pourquoi j’ai dit ça, j’aurais dû dire ça à la place », là t’es mort : tu te déstabilises toi-même. Tu te mets des barrières au lieu de laisser ton esprit libre. Autre piège : dans les loges, tout le monde est toujours chaud mais… une fois arrivé sur scène, le facteur public change tout. Certains perdent leurs moyens. Si jamais des rappeurs me lisent : s’entraîner tout seul ou entres MC’s, c’est une chose mais il ne faut pas oublier qu’un battle, c’est aussi devant un public, c’est une pression supplémentaire. Il faut se forcer à sortir de chez soi, pour se mettre en danger.

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