MKL raconte le Beatmaking Camp, antichambre du Red Bull Dernier Mot - Red Bull Dernier Mot
9 juillet 2018
MKL raconte le Beatmaking Camp, antichambre du Red Bull Dernier Mot
Mentor des beatmakers sur le Beatmaking Camp, le producteur MKL raconte ses débuts, l'influence de la trap, le don de l'oreille musicale et les sessions bordéliques qu'il organisait dans son garage.
MKL raconte le Beatmaking Camp, antichambre du Red Bull Dernier Mot

Qu’est-ce que le beatmaker d’aujourd’hui dirait au rappeur que tu étais à tes débuts ?

Je lui dirais « bien tenté, mec ». C’était une bonne décision de rapper, ça a formé le beatmaker que je suis aujourd’hui. Quand je me retrouve avec des rappeurs, je ne suis pas seulement quelqu’un qui enregistre. Je peux avoir un avis, bosser avec eux sur le flow, sur les paroles.

Les beatmakers ont travaillé avec Dj First Mike, ODAÏBA et MKL

Si je te dis Cool Edit Pro, tu penses à quoi ?

Oh, on parle du tout début là, tu remontes loin. Dis-toi que j’ai commencé sur Cool Edit 96, qui est la version light de Cool Edit Pro. Avec un pote, on a monté un groupe qui s’appelait « C.A.S », « Condamnés à s’exprimer », yo-yo-yo (rires). Sur ces logiciels, on s’enregistrait avec les versions démos. Donc au bout de trente minutes, ça se coupait. On devait enregistrer, mixer en une demi-heure. Ça nous forçait à rapper le mieux possible. On perdait pas mal de temps et de sons aussi.

Quand as-tu décidé de produire des sons ?

Ça s’est fait au fur et à mesure. Je ne me trouvais pas assez légitime. Ma casquette de beatmaker devenait plus importante et il a bien fallu trancher pour assurer l’avenir.

Tu as démarré en tant qu’ingénieur du son et tu as décidé de transmettre tout son savoir. Tu peux nous raconter l’aventure Workshop Study'o, débutée en 2014 ?

C’est arrivé par hasard. Toute ma vie, j’ai toujours aimé aider les autres. Par exemple, j’étais un geek en informatique, donc dès qu’il y avait un truc à bidouiller, je le faisais. Je prenais du plaisir à faire ça. Quand j’ai démarré dans le son, deux amis m’ont mis le pied à l’étrier. J’allais dans leur studio et j’ai pu commencer à « toucher le son de manière concrète », au-delà de ce que je faisais dans le garage de mes parents. Puis mon réseau s’est développé, je fréquentais des studios plus pointus. Et pour faire kiffer quelques beatmakers avec qui je travaille encore aujourd’hui, j’ai déclenché une séance dans un gros studio à Puteaux. Quand j’ai vu que la plupart n’avait jamais mis les pieds dans un tel lieu, qu’ils avaient beaucoup de questions, j’ai eu cette idée de workshop. Je voulais inviter ces beatmakers qui avaient l’habitude de rester bosser dans leur chambre et les faire entrer dans des lieux professionnels pour se projeter.

Découvre le Workshop Study'o ici.

Parce qu’ils n’avaient pas eu l’opportunité de franchir la porte du garage de leurs parents ?

Oui, de par les restrictions budgétaires qu’ils avaient, ils ne prenaient pas de session dans des studios, qui sont à 500 euros la journée. Tu ne vas pas te retrouver aux Studios de la Seine quand tu débutes. Donc je voulais trouver le moyen de leur amener ces connaissances. Je faisais des sortes de cours à la carte. Certains partaient de zéro, d’autres avaient déjà de l’expérience. C’est cet éclectisme qui me passionnait.

Tu te considères comme un producteur, un compositeur ?

Comme un « producer », l’appellation américaine. Le producteur, c’est celui qui met les sous. Il ne fait pas de la musique. Il y a un terme qui s’impose un peu en France, c’est « réalisateur ». Ce serait le mot qui s’approche le plus de « producer ». Quand on voit l’étendue du travail du « producer », je pense que je peux me considérer ainsi aujourd’hui.

Le but du Beatmaking Camp ? Affiner les prods pour le Red Bull Dernier Mot

Tu touches à tout, surtout dans tes inspirations. D’où vient cette curiosité musicale ?

De ma famille. Mes deux frères étaient DJs. On a tous baigné dans la musique. Dans les fêtes de famille, fallait passer de tout, de la variété, du disco, de la funk, de la house dans les années 90. Ça m’a permis de tout découvrir. Même si au lycée j’avais choisi le rap, je découvrais tout le temps des univers différents. Je suis devenu une sorte d’éponge qui voulait tout imbiber, tout analyser. Puis ça m’a amené à bosser avec des gens de différents horizons. Dans le garage, j’ai eu des rappeurs de New York, un groupe de rock anglais… J’apprenais en me démerdant. Dans le salon de mes parents, ils ont foutu un beau bordel pendant deux ou trois semaines, les rockeurs anglais. L’idée en tout cas, c’était de ne jamais se restreindre.

C’est ça avoir l’oreille musicale ?

C’est un don, même si j’ai toujours été dubitatif sur ça. Mais je me rends compte que ça en est certainement un. Ça m’a permis de dire oui à tout, de choper les algorithmes de tous les styles musicaux et de savoir produire ensuite. Aujourd’hui, ça me sert encore plus. J’arrive avec les bonnes sonorités : un mec de l’électro sent que je peux bosser avec lui, pareil pour un type qui vient de la variété.

Le don a fait naitre une obsession, donc.

Oui, clairement. C’est une obsession parce que j’ai une grosse soif d’apprendre. C’est comme une drogue d’être à l’affut des sonorités, d’être au courant de tout. Ça me sert dans mon taf de « produceur » mais aussi pour le Workshop Study'o. Le savoir que j’ai, je peux le transmettre. C’est une boucle vertueuse.

L'équipe du Beatmaking Camp, au complet

Tu préfères faire une prod pure ou en créer une pour un MC ?

Je préfère travailler avec les artistes. J’insiste pour les rencontrer aussi. On ne bosse pas par mails avec moi. Je veux savoir avec qui je collabore. Quand t’es en session avec un artiste, tu peux lui tendre des perches, tu peux proposer des choses. Si dans un échange par mail tu dois te justifier, ce sera lourd et mauvais. Ça n’a pas d’impact. Quand tu l’as la personne devant toi, t’es comme un VRP. Et c’est comme ça que tu deviens bon.

Tu as vu évoluer ton métier ?

Ouais, j’ai vu tout naître. Putain, je parle comme un vieux. J’ai connu l’époque où on gravait sur nos CD et on les donnait. Puis on a vu YouTube, MySpace débarquer. Je pensais que c’était un effet de mode, mais je me suis bien trompé. Aujourd’hui, sans les réseaux sociaux, ton son ne se propage pas.

Tu es un habitué des battles ?

J’ai fait quelques battles de rap et de beatmaking. J’ai fait pleins de compétitions, j’ai assisté en tant que spectateur à certaines. J’ai bossé pour le Juste Debout. Quand l’opportunité de travailler pour le Red Bull Dernier Mot est arrivée, j’étais convaincu.

Découvrez la playlist de MKL pour le Juste Debout 2016 :

Tu as participé au Beatmaking Camp. Quel était ton rôle ?

C’est un don, même si j’ai toujours été dubitatif sur ça. Mais je me rends compte que ça en est certainement un. Ça m’a permis de dire oui à tout, de choper les algorithmes de tous les styles musicaux et de savoir produire ensuite. Aujourd’hui, ça me sert encore plus. J’arrive avec les bonnes sonorités : un mec de l’électro sent que je peux bosser avec lui, pareil pour un type qui vient de la variété.

Les beatmakers ont pu bosser dans l'antre du hip-hop, La Place

C’était plus une leçon de beatmaking ou un travail d’arrangement ?

À la fin de la journée, on avait un mini workshop sur un thème précis. Pendant toute la journée, c’était de la prod. Il fallait corriger le plus vite possible les sons.

Ce n’est pas trop dur de faire progresser en si peu de temps ? Tu avais du temps pour des entretiens et conseils plus personnels ?

Non, ça va on n’était pas si nombreux. J’ai l’habitude d’avoir un groupe comme ça.

Objectif Red Bull Dernier Mot 2018

Tu vois une réelle influence dans la manière de bosser des beatmakers d’aujourd’hui ?

Oui, la trap. Ils ont tous ce réflexe. Certains beatmakers ont dû s’ouvrir à une vitesse, un BPM différent, qui est celui du hip-hop. Mais ils ont le réflexe d’aller vers les tempos et les sonorités de la trap. C’est ça qui est intéressant, de les faire sortir de ça. Au Dernier Mot, on ne peut pas mettre que de la trap, donc je les ai challengé sur ça, avec des BPM entre 85 et 100. Par la force des choses, ils se sont ouverts.

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